- Je tente, à travers ces pages, de partager l'expérience que j'ai acquise (plus de trente ans, quand même...) dans mes différents métiers (mécanicien, technicien et professeur), les connaissances que j'ai accumulées, des techniques et des technologies passées, présentes et "futures" et de la pédagogie appliquée, concrète, raisonnée, assumée.
Donc, le Bac Pro 3 ans...
L'offre de formation en 2009 était la suivante :
1 - Pour les élèves en difficulté en 3ème, ceux qui souhaitait un peu moins d'enseignement général et plus de pratique, le BEP permettait d'acquérir un métier (formation qualifiante), d'acquérir une spécialisation via la mention complémentaire en 1 an, et, éventuellement, de se "relancer" vers des études plus longues comme le Bac Pro ou le Bac STi.
- Nous avions 16 heures d'atelier, donc moins d'enseignement général ce qui était bien le but recherché.
Et cela fonctionnait puisque j'ai toujours eu la satisfaction d'avoir pu récupérer des élèves en rupture et de les relancer dans notre système éducatif.
Aujourd'hui, ils se retrouvent en Bac Pro 3 ans, avec un volume d'heures d'enseignement général en hausse constante, et ce la plupart du temps sans connexion avec la formation qui devrait être "motrice", à savoir la formation professionnelle.
Et l'on se demande pourquoi les élèves sont absentéistes, tout en proposant comme solution l'augmentation du volume d'heures d'enseignement... général !
Quant à la considération que l'on apporte à ce Bac Pro... C'est tout simplement consternant.
De plus, tout ce temps est "mangé" par des stages trop longs et improductifs.
Un garage n'est pas un lieu de formation (on n'apprend plus "sur le tas" depuis des décennies dans l'automobile, et c'est pour cela que les concessions envoient leurs ouvriers en formation chez leur constructeur ou à l'ANFA), et encore moins un lieu d'évaluation.
Pour information, l'ouverture du CAP à Cugnot était, à l'origine, destinée aux élèves de BEP en difficulté afin de leur éviter une sortie sans formation.
Et c'est ainsi qu'était ma réponse à la question posée en Conseil d'Administration à l'époque : "Le CAP, pour quels élèves ?" " Pour les nôtres ", et c'est ainsi que je l'avais voté en Conseil d'Administration, ayant reçu l'assurance que ce ne serait pas une section "tout SEGPA"...
Ces élèves en grande difficulté sont aujourd'hui en Bac Pro 3 ans.
Enfin, je propose , depuis des années, l'ouverture d'une mention complémentaire à destination des élèves pour qui l'année de Terminale est l'année de trop, et ils sont nombreux, ce qui me semblerait cohérent si l'on avait comme objectif la formation professionnelle à un métier que la formation comptable à un diplôme.
- 2 - Pour les élèves de bon niveau, l'ouverture du Bac Pro 3 ans permettait de raccourcir le cursus.
- Il 'agissait là, en gros, de 50% des élèves sortis de 3ème qui seraient "montés" en Bac pro sans difficulté particulière.
C'est ainsi qu'a d'ailleurs fonctionné la première année de Bac Pro 3 ans (session 2011), conformément à ce qui nous avait été présenté par l'inspecteur et le proviseur de l'époque, avant que de se déjuger, et c'est ainsi que je l'avais voté en Conseil d'Administration.
Il n'avais jamais été question de la suppression du BEP et du Bac Pro 2 ans.
Cela aurait été tellement... incongru. Et cela l'a été.
Pour les élèves de bon niveau et souhaitant opter pour des études longues (BTS voire plus), le Bac STi offrait l'opportunité de devenir un Technicien Automobile, formation au contenu théorique plus affirmé.
Aujourd'hui, il n'y a plus de formation de technicien automobile dans l'Education Nationale, et ce dans l'indifférence générale, et ces élèves se retrouvent en Bac Pro 3 ans.
Mon expérience professionnelle (30 ans) me permet d'affirmer que ce sont bien toujours les élèves en difficulté qui donnent le rythme de la classe, au détriment de ceux qui auraient sans doute aller plus vite, et plus loin.
Enfin, des élèves de seconde générale en reconversion entrent directement en 1ère Bac Pro.
Le Bac Pro 2 ans 2012 en 800 heurs de formation professionnelle !
Cela démontre le peu de considération que l'on a envers nos métiers.
Un bon niveau en maths et en français ne remplacera jamais l'expérience acquise en formation professionnelle, quelles que soient les impasses faites, et ce surtout dans des métiers à forte culture technique comme le nôtre.
Donc, pour résumer, tout le monde en Bac Pro 3 ans, avec un objectif affiché de réussite obligatoire qui ne peut que s'obtenir par une baisse significative du niveau requis, ce qui se traduira rapidement par une baisse significative du niveau du BTS.
L'orientation de l'accompagnement personnalisé vers la préparation au BTS est une confirmation de ce constat (cf. dossier de rentrée année scolaire 2012-2013).
On peut se demander s'il n'aurait pas été plus judicieux d'adapter l'enseignement professionnel à son public de référence, ce qui reste sa fonction première dans l'Education Nationale, que de vouloir les faire rentrer à tout prix dans un cadre statistique incohérent.
Un filière qui représente un secteur d'avenir (je parle bien ici de maintenance automobile) et où l'emploi des niveau IV et V restera assuré, mérite mieux qu'un seul diplôme.
Nos voitures, présentes et futures, ont toujours des roues, des freins, des échappement, des organes mécaniques.
Les capteurs, s'ils se contrôlent "à la valise", se démontent toujours avec des outils, des mains qui tiennent ces outils, et souvent après un déshabillage purement "mécanique".
De plus avec un parc en constante augmentation, une activité non délocalisable, les débouchés demeurent assurés.
Il est à noter que le parc, en constante progression (+40% entre 1990 et 2012), vieillit, ce qui se comprend quand on sait que le record d'immatriculations date de... 1989, ce qui donne un aperçu intéressant de la compétence des équipes marketing de nos "chers" constructeurs !
Voilà donc une filière technique, qui a besoin de mécaniciens, de spécialistes et de techniciens, qui est sacrifiée, et là le mot est faible, sans qu'aucune raison objective ne puisse être formulée.
Ce devrait, à mon avis, être l'axe prioritaire de l'offre de formation d'un lycée des Métiers de l'Automobile.
- 3 - Et puis, il y a le tout "apprentissage" préconisé avec force aujourd'hui....
- Comment méconnaître à ce point nos métiers, nos élèves, et l'essence même de ce qu'était l'Education Nationale, avant...
- Tout cela n'est que le constat, plutôt amer, de ce qu'est devenu l'enseignement professionnel, et l'appréhension de ce qu'il est en train de devenir.
Nos métiers, tous "manuels" qu'ils soient, et ils le sont encore, mériteraient davantage de respect, sinon de reconnaissance.
Le respect...
Il est vrai que je suis un vieux prof, de ceux qu'on n'écoute plus, de ceux qu'on place en dernier dans l'emploi du temps, et ce parce qu'aujourd'hui l'expérience, qu'elle soit pédagogique ou technique, est devenue plus qu'un défaut.
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